Ce que le confinement nous apprend sur l’Aïkido

[Temps de lecture : 3 min]


Le confinement que nous avons vécu ces derniers mois a eu un impact non négligeable sur la pratique de l’Aïkido et sur la manière dont nous percevions notre entraînement. Nul doute que cette période aura pendant un certain temps des répercussions plus ou moins discrètes sur nos vies. Il est toutefois difficile de les distinguer clairement à l’heure actuelle.

L’aspect social de la pratique
L’impossibilité de conserver nos relations habituelles entre pratiquants semble avoir été l’aspect le plus difficile à vivre, plus que l’absence même d’activité physique. En effet, il est toujours possible de s’entretenir seul physiquement même si je doute que tant de pratiquants que cela s’y soient astreints. Sur la durée c’est une gageure que de s’auto-discipliner pour pratiquer seul. Bien souvent c’est le groupe, le dojo, qui permettent, par émulation, de persévérer dans la pratique. Lorsque l’on se retrouve seul on peut très facilement avoir tendance à rester assis dans son canapé… La pratique solitaire nécessite de définir clairement ses objectifs. C’est souvent là que le bât blesse : les objectifs de l’Aïkido ne sont pas vraiment clairs !

Le potentiel d’amélioration est important à ce niveau. D’une part, pour tenter d’arriver à une pratique plus qualitative. D’autre part, pour permettre une pratique solitaire suffisamment stimulante pour perdurer, notamment dans l’hypothèse d’autres confinements à venir.

Il est par ailleurs très clair que si les objectifs de notre pratique étaient plus clairs, il serait bien plus aisé de communiquer efficacement auprès du grand public.


Communiquer

Pour l’heure nous manquons gravement de précisions dans l’expression des bénéfices qu’il y a à pratiquer l’Aïkido. Dire que l’on se sent mieux après un cours d’Aïkido ne suffit plus. Car c’est aussi le cas après un cours de Yoga, de Karaté ou de Crossfit. Certes la communication auprès du grand public nécessite de simplifier le message, mais cela ne signifie aucunement être imprécis.

Le confinement aura mis en exergue les faiblesses structurelles de notre discipline. Nous ne savons pas trop ce que nous cherchons. Nous avons des difficultés à évaluer la qualité d’un pratiquant. Cela est très probablement lié à la compréhension de ce qu’est l’Aïkido. Pour certains il s’agit d’un art de combat, pour d’autres d’une voie d’éveil, pour d’autres encore il s’agit des deux. Des compréhensions différentes impliquent nécessairement des pratiques différentes…


Pratique solitaire

Il me semble que l’Aïkido est encore trop souvent perçu comme un « judo où l’on se saisirait les poignets ». En conséquence de quoi, le travail en relation avec des frappes « pieds/poings » est généralement considéré comme secondaire. Pour un judoka ou un lutteur le travail technique solitaire – à niveau intermédiaire – est difficile sans matériel. Il faut utiliser des sangles, ou des mannequins, et cela remplace rarement avantageusement un partenaire. C’est éminemment logique puisque pour un judoka il s’agit de faire faire quelque chose à l’autre : le projeter.

A contrario, un pratiquant de pieds poings peut effectuer une grande partie de son entraînement en solitaire. Il lui faut développer une manière de bouger spécifique afin de pouvoir esquiver les frappes. Il lui faut également apprendre à frapper puissamment et rapidement. Ces deux aspects du combat sont avantageusement développés seul. Le sparring n’est qu’un des aspects de l’entraînement du boxeur ou du karatéka, là où le travail avec partenaire est essentiel en Aïkido.

Les armes, un bon moyen de s’entraîner seul

Comprendre comment on doit bouger

Si les pratiquants d’Aïkido prenaient davantage conscience qu’une part importante de leur art peut être pratiquée seule, les progrès viendraient bien plus rapidement. Mais cela suppose de concevoir de quelle manière nous devons bouger pour esquiver une frappe ou effectuer une technique. Or bien souvent nous ne concevons pas qu’il est « nécessaire » de bouger de telle ou telle manière puisque le contexte de non opposition ne nous l’impose pas. Au contraire nous répétons les techniques à la manière de notre professeur sans nécessairement comprendre pourquoi tel ou tel choix ont été fait.Bref, la pratique solitaire est essentielle – comme dans tous les arts ou sports de haut niveau. Elle nous oblige à clairement définir nos objectifs et les moyens mis en œuvre pour les atteindre. Et, in fine, cela a un retentissement positif sur notre art.

Les germes de la survieJ’ose rêver qu’un système martial bien conçu puisse porter en lui les germes de sa survie. Il serait aberrant de prétendre que l’Aïkido est un art de survie, d’adaptabilité, un art qui transforme l’individu et le rend meilleur et, en même temps, être incapable de l’utiliser pour empêcher sa propre disparition. Les outils permettant la sauvegarde de notre discipline se trouvent en elle-même. Il faut juste savoir où regarder.Au final la situation actuelle n’est qu’un révélateur parmi d’autres de l’état de notre discipline. Certes il s’agit d’un révélateur assez violent qui fait que l’on s’agite, que l’on s’interroge et que l’on s’inquiète, alors que les prémisses de ces difficultés étaient déjà visibles depuis longtemps…


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